Le garçon se retint de répondre que chômeur-alcoolique de longue durée, semblait un métier plutôt peinard, à la condition d'avoir une épouse dotée d'un taf régulier. Il s'abstint.
- Je ne sais pas, Monsieur. Je suis sans doute encore trop jeune. Mais j'y pense. Et j'hésite... D'ailleurs, plus j'y pense, et plus j'hésite ! Parfois même j'hésite tellement, que j'arrête d'y penser. Comme ça, je n'ai plus besoin d'hésiter... Vous voyez, M'sieur ?
Bernard Drouille, dit le "Pétochard enrhumé" par l'ensemble des CM2 de l'école, hocha la tête avec une bienveillance qui alerta aussitôt Thomas.
- Sans hésitation, Thomas, je pense qu'une petite punition en "cellule d'isolement" te fera le plus grand bien.
Et d'un geste aussi impérieux qu'impérial, il désigna son propre bureau, placé dans un angle, au fond de la classe, derrière toutes les tables des élèves. C'était la cellule d'isolement. La punition consistait à s'asseoir au bureau et à poser le front sur le bord de la table, sans l'aide des mains, qui elles, devaient reposer bien à plat sur les cuisses. Le fauteuil en bois, particulièrement inconfortable lorsque Bernard Drouille en retirait son accueillant coussin, devait se trouver à une distance règlementaire de trente centimètres. Aux dires de l'instit, cette position facilitait la méditation, voire l'introspection. Et Thomas adorait, parce qu'il était tout à fait d'accord avec monsieur Drouille : la position était propice à la méditation.
L'envie de sauter sur l'occasion pour rejoindre monsieur Link le tenailla brutalement. Mais il hésita, sachant que le Pétochard pouvait l'interrompre à tout moment. Thomas n'aurait pas supporté d'être ramené de l'autre monde par un importun... Autour de lui, quelques trous du cul rigolèrent lorsqu'il s'installa de façon règlementaire. Il s'en foutait, ayant très vite appris à faire une sélection naturelle parmi ces fils de bourges, de plus en plus nombreux chaque année à l'école primaire Saint-Exupéry. Il avait entendu son père parler en ces termes de ces enfants qu'en début d'année scolaire il considérait encore comme des copains. Comment l'idée qu'il devait les rejeter avait-elle pu faire son chemin dans son esprit ? Il aurait été bien incapable de le dire, d'autant qu'il n'avait jamais prêté une attention particulière aux propos généralement avinés de son géniteur...
oOo

1 commentaire:
ça y est!! j'y suis, ce jour là est enfin arrivé, à croire que les éléments soient tous réunis pour me permettre de visiter en avant première ton blog et y laisser un commentaire; ce jour est à marquer d'une croix blanche... celle, que pourrait très bien esquisser le jeune Thomas avec son front, tout en méditant au bureau de Mr Pochard.
Je retourne à ma lecture, je suis impatiente de connaitre la suite.
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