dimanche 20 janvier 2008

CHAPITRE 1

La voix était douce et rassurante. C'était une belle voix grave, avec un léger accent que Thomas n'avait jamais entendu. Mais il est vrai qu'à dix ans à peine, ses connaissances en matière d'accents étrangers étaient plutôt limitées. Ce qui était important, c'est qu'elle s'adressait bien à lui et que ce simple fait le transportait de bonheur. Pourtant, il ne voyait pas encore le personnage à qui elle appartenait... Confortablement allongé sur le dos, il avait l'impression de flotter sur un coussin d'air, comme si aucune partie de son corps n'était en contact avec un quelconque élément solide.
- Bonjour, Thomas. Je suis content de te voir.
- Bonjour, monsieur Link. Moi aussi je suis content. Vous m'avez manqué...
- J'en suis ravi, Thomas. Tu sais que ta visite est pour moi un enchantement. Parle-moi de ta vie depuis ton dernier passage.
- Est-ce bien utile, monsieur Link ? Je suis sûr que vous savez tout de moi. N'est-ce pas vrai ?
- Non, Thomas. Je ne sais de toi que ce que tu veux bien m'en dire. Je te découvre à chacune de tes venues.
- Alors vous n'êtes pas Dieu ?
- Bien sûr que non, Thomas. D'ailleurs tu m'as dit toi-même que tu ne croyais pas en lui...
Thomas était ravi. Il adorait la tournure que prenait la discusson avec monsieur Link. Leurs rencontres, qui devenaient de plus en plus fréquentes, étaient pour le jeune garçon une source d'enrichissement qui ne cessait de l'émerveiller. Monsieur Link ne le traitait pas en gamin irresponsable, mais conversait avec lui comme avec un adulte. C'était du moins l'impression qu'il avait. Son seul regret était de ne pas avoir son meilleur ami, Hugo, à ses côtés. Mais c'était la règle. Monsieur Link l'avait bien spécifié dès leur première rencontre : il devait venir seul. Thomas poussa un gros soupir.
- Que sepasse-t'il, Thomas ?
- Je regrette que mon ami HUgo ne soit pas avec moi, monsieur Link.
- Je sais, Thomas, je sais. Mais nous ne pouvons pas revenir sur cette règle. Ce serait beaucoup trop dangereux. Tu en es conscient, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, monsieur Link.
- Alors laissons cela, Thomas. Revenons à toi.
Thomas esquissa une légère grimace. Il trouvait parfois que monsieur Link en faisait trop. Il entourait sa venue d'un luxe de précautions qui lui paraissait éxagéré. Hugo ne pouvait en aucun cas représenter un danger pour quiconque. D'ailleurs, Thomas ne désespérait pas de faire fléchir monsieur Link, un jour ou l'autre. Il sentit le début d'exaspération de son interlocuteur, et décida de laisser tomber. Provisoirement. Il ferma les yeux pour se concentrer à nouveau sur ce qu'il alait raconter à monsieur Link. Bizarrement, il se rendit compte qu'il ne parvenait pas à visionner le film des trois derniers jours de sa vie.
- Zut!
Tout près de sa tête, la voix douce de monsieur Link lui conseilla :
- Concentre-toi, Thomas. Il ne sert à rien de t'énerver. Tu as tout ton temps. Les choses vont se mettre en place d'elles-mêmes, comme à l'habitude...
Thomas se retint de hausser les épaules pour ne pas froisser monsieur Link.
- J'essaie, monsieur Link ! J'essaie... Mais cette fois, j'ai l'impression que la touche de rembobinage est grippée. Rien ne vient ! J'ai besoin d'une distraction. Jesuis sûr qu'après, cela viendra tout seul.

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